Comité Départemental Olympique et Sportif de la Savoie

La Sportive du Mois : Lorna Bonnel

Comment as-tu découvert le ski alpinisme ?

J’ai découvert le ski alpinisme assez tard.

Je faisais assez peu de sport quand j’étais jeune : j’étais quand même monitrice de ski mais je faisais assez peu de sport. J’ai fait un peu de ski de randonnée en passant mon diplôme de monitrice de ski.

Je me suis surtout prise de passion pour ce sport en allant voir mon frère (Alexis Bonnel, ndlr) sur des courses car il pratiquait déjà le ski alpinisme. Et en allant le voir sur la Pierra Menta, en voyant du beau ski alpinisme, avec ces équipes qui étaient là, sur les sommets : c’est ça qui m’a donné envie.

Qu’est-ce qui t’a plu dans cette discipline ?

J’aime vraiment le fait d’aller découvrir plein de nouveaux endroits en montagne, qui pour le coup sont un peu plus sécurisés que quand on est seul.

Le fait d’être dehors, en montagne, avec la neige, en hors-piste, c’est ça qui est intéressant, et puis le fait de partager aussi, quand il y a les courses en équipe.

Tu pratiques aussi le trail en été : comment ces deux disciplines deviennent-elles complémentaires pour toi ?

Cela faisait longtemps que j’avais envie de pratiquer le trail, et en particulier l’ultra-trail. L’ultra-trail m’a permis de me concentrer sur mes points faibles en ski alpinisme, qui se focalise sur du très raide et du très court.
Je sais que j’ai des qualités en endurance que la pratique du trail me permet de conserver : je m’entraîne pour l’hiver, tout en me faisant plaisir, en performant l’été en gardant les qualités nécessaires pour l’hiver en ski.

Quelles réussites t’apportent le plus de fierté ?

Pas facile de choisir ! Mais je vais en dire plusieurs quand même :

  • La première aura été en 2017, quand on a eu notre titre de championnes du monde en équipe avec Axelle Mollaret : la course en équipe c’est la course reine en ski alpinisme, c’est celle où on est tout le temps à deux puisque l’on est pas censé aller seul en montagne, normalement, pour des raisons de sécurité. Donc c’est LA grande course, une course longue, en haute montagne.
  • Il y a eu aussi en 2018 quand j’ai pu partager la Pierra Menta avec mon petit frère (Alexis Bonnel), qui m’a mise au ski alpinisme.
  • En 2019, j’ai eu mes premiers podiums en Coupe du monde et aussi en championnat du monde sur les courses individuelles : de le faire seule me prouvait aussi que j’étais capable, moi aussi, du début à la fin, d’être performante et de monter sur des podiums en Coupe du monde ou en championnat du monde, c’était vraiment chouette.
  • Et il y a eu aussi des belles victoires sur les grandes courses, comme la Pierra Menta, que j’ai longtemps essayé de conquérir, mais aussi la Mezzalama ou alors le tour du Rutor avec ma cousine.
  • Bien sûr il y a aussi mon record du Mont-Blanc, même si je sais qu’il est perfectible, parce que j’y suis allée un peu du jour au lendemain pour faire ce record. J’en suis fière, mais je sais qu’il y a aussi moyen de l’améliorer avec un minimum de préparation et d’encadrement, donc pourquoi pas un jour à retenter ?

Tu as subi une lourde opération en novembre dernier, avec plusieurs semaines sans sport pour te remettre : quel était ton état d’esprit au sortir de ta convalescence ?

Oui, cette opération ça n’a pas été une période facile.

J’ai même mis du temps à aller à l’opération. J’avais un premier rendez-vous et je n’y suis pas allée : j’avais un peu peur car il s’agissait quand même d’un pontage artériel, et avec une petite fille qui avait à ce moment là tout juste deux ans c’était un peu délicat. Je ne pouvais plus la porter pendant au moins deux mois.

J’ai eu ensuite une date tardive, en novembre. C’est vrai que ça a été un petit peu long, avec une grosse chirurgie de 5h.

Après, pour la reprise, j’y suis allée vraiment petit à petit car je n’avais pas le droit de faire monter le cœur et la tension artérielle donc j’ai vraiment dû y aller doucement jusqu’en février.

A partir de fin février j’ai pu recommencer à m’entraîner à peu près correctement, pour faire remonter le cœur. Et c’est vrai que la reprise, qui a été vraiment rapide avec une Pierra Menta de 4 jours, ça a été vraiment dur parce que le cœur ne montait pas trop, le manque d’entraînement s’est fait sentir. Sur des épreuves courtes ça serait peut-être passé, mais là sur du très long, encaisser les jours comme ça ça n’a vraiment pas été facile, donc je n’avais pas une grande confiance.

Après, j’y suis allée quand même, pour l’amour de mon sport, j’aime vraiment ce que je fais donc j’ai continué et puis j’ai même réussi à faire un top 10 sur la Coupe du monde. Après ça je me suis sentie un peu plus en confiance sur le fait que l’opération avait fonctionné, j’arrivais à sentir mes deux jambes correctement. Ca faisait dix ans que j’étais sur une jambe et demie, et là j’arrivais à sentir mes deux jambes qui fonctionnaient, et le cœur a commencé à vraiment remonter à partir d’avril/mai.

Et c’est là, avec la forme qui remontait que j’ai tenté ce record du Mont-Blanc.

Est-ce que tu as des objectifs particuliers pour cette deuxième moitié de 2026, et pour plus tard ?

J’ai un objectif sur du long parce que je vais participer à la TDS (Trace des Ducs de Savoie), une des courses sur la semaine de l’UTMB avec 150 kilomètres et un peu plus de 9000m de dénivelé, donc un gros ultra autour des deux Savoie.

J’espère être bien préparée, me faire plaisir et arriver au bout de cette belle course !

Comment ta pratique s’articule-t-elle avec ta vie quotidienne ?

C’est vraiment très rythmé, surtout en ce moment, et c’est pas évident !

Ça s’articule vraiment autour du sport : l’été, je travaille comme accompagnatrice en moyenne montagne, j’ai ma fille à gérer, qui a trois ans maintenant, plus les entraînements et plein de choses à côté à gérer.

Cette année, il y a en plus une galère financière : mon sponsor principal, qui me permettait de boucler mon budget m’a un peu laissée tomber en cours de saison, et ça a été un peu plus compliqué à gérer au niveau financier et de la recherche de sponsors.

Sinon lorsque ça roule, je me partage entre le travail, les entraînements et la vie de famille et un peu les amis s’il reste du temps (rires).

Grosso modo, sur l’été, le matin je m’occupe de ma fille, je la dépose à la crèche, je m’entraîne et je travaille l’après-midi.

Un message à transmettre à toutes celles et ceux qui te (re)découvrent ?

J’ai commencé le ski alpinisme très tard, à 26 ans. Je suis rentrée en équipe de France l’année de mes 30 ans et c’est vrai que c’est très tard, avant je faisais peu de sport : je travaillais, je voyageais, je faisais la fête et je m’y suis mise sur le tard.
Pas mal de gens m’ont dit que je commençais beaucoup trop tard, mais j’ai bien fait de ne pas écouter ! J’ai écouté mon instinct, et je me suis fait plaisir, j’ai eu de bons résultats.

Il faut écouter son instinct, se faire confiance vis-à-vis de ce qui nous plait.

Et si ça peut inciter plus de gens à se faire plaisir, à aller en montagne, que ça soit l’été en trail ou en randonnée, ou l’hiver en ski alpinisme, allez-y !

C'est top de passer du temps dehors, là-haut en montagne !

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